Un coton à patchwork se reconnaît à trois choses : sa composition, son poids et sa largeur.
Les trois sont écrites sur la fiche du marchand, et c’est la troisième qui trie.
Avant le matériel et le modèle, c’est le tissu qui décide de la tenue d’un assemblage en patchwork. J’ai repris les fiches techniques des merceries françaises pour poser des chiffres à la place des approximations qui circulent.
Quel tissu pour faire du patchwork ?
Du coton tissé serré, le plus souvent une popeline, cette toile fine dont les fils sont bien resserrés. Ce qu’on lui demande tient en un mot : qu’il ne se déforme pas pendant la couture.
C’est ce qui écarte le jersey et tout ce qui s’étire, puisqu’une maille tirée à l’assemblage ne revient pas à sa mesure. Le tissu wax, un coton imprimé plus dense, tient bien l’assemblage à condition de vérifier son grammage face aux autres cotons du projet.
Les voiles et les cotons très légers posent un autre problème. Sous les cent grammes au mètre carré, la couture se voit par transparence et les surplus marquent le tissu voisin.
Un tissé ne bouge pas quand on tire dans le sens des fils, il s’allonge dès qu’on tire en diagonale. Coupe donc tes pièces dans le droit fil, les fils qui courent parallèles à la lisière, comme pour coudre un patron.
Le grammage et la laize
Le grammage, le poids d’un mètre carré de tissu, tourne autour de 115 à 130 grammes sur les fiches des cotons vendus pour le patchwork.
En dessous, on entre dans les voiles, trop fins pour tenir un assemblage. Au-dessus, dans les cotonnades d’ameublement, trop raides pour se coucher au fer.
La laize, la largeur du rouleau déroulé, vaut 110 à 115 centimètres chez la plupart des marchands de patchwork. Un coton d’habillement, lui, se déroule en 140 ou en 150.
L’écart compte : à prix affiché égal, un mètre de laize 110 donne un quart de surface en moins qu’un mètre de laize 150. Le calcul se fait rarement devant deux étiquettes.
Le piège des 150 centimètres
Une recherche sur « tissu patchwork » sert deux produits qui n’ont rien à voir, et c’est le malentendu le plus coûteux du rayon.
| Ce que tu vois | Laize | À quoi ça sert |
|---|---|---|
| Coton uni ou imprimé vendu au rayon patchwork | 110 à 115 cm | assembler des pièces |
| Cotonnade imprimée « effet patchwork » | 145 à 160 cm | couvrir une surface d’un seul tenant |
La seconde reproduit visuellement un assemblage. Chez les marchands généralistes, c’est même l’essentiel de ce qui sort sur ce mot.
Elle se coud très bien en nappe, en rideau ou en housse. Elle ne sert pas à faire du patchwork.
Vérifie donc la laize sur la fiche avant de convertir ton métrage : elle départage les deux familles mieux que la photo.
Tes chutes et tes vieux vêtements
Oui, les chutes, les vieilles chemises et les draps de coton donnent de bons ouvrages. Une seule condition compte vraiment : que les tissus aient une stabilité comparable.
Mélanger une popeline fine et un drap épais dans le même assemblage fait tirer la couture. Au lavage, c’est le tissu le plus léger qui se déchire le premier.
Trie donc tes chutes par poids et par couleur dominante avant de couper quoi que ce soit.
Faut-il prélaver son tissu ?
Oui pour le tissu au mètre, non pour les précoupés.
Un coton neuf se rétracte de quelques pour cent au premier lavage, et les couleurs soutenues, marine, rouge ou fuchsia, déteignent sur les tissus clairs voisins. Laver avant de couper règle les deux d’un coup.
Le prix à payer est l’apprêt, cette couche qui rigidifie le coton neuf et le fait se couper droit. Il part au lavage, et c’est pour ça qu’une partie des couturières s’en passent.
Un coup d’amidon au repassage le remplace très bien.
Les précoupés, eux, sont déjà taillés à la mesure du modèle. Les laver, c’est perdre le format annoncé : quelques pour cent de retrait sur un carré de douze centimètres déplacent l’assemblage d’un demi-centimètre.
Où récupérer du tissu sans l’acheter ?
Trois gisements, par ordre de rendement.
Ta propre armoire. Chemises d’homme en popeline, draps de coton, housses de couette usées au milieu et intactes sur les bords.
C’est le coton le plus stable qu’on puisse trouver : lavé cinquante fois, il ne bougera plus.
Les chutes des autres. Une mercerie met souvent de côté ses fins de rouleaux, et les ateliers de retouche jettent des coupons entiers, alors que la demande coûte une phrase.
Les ressourceries et les vide-greniers, où le linge de maison part au poids. Un drap ancien en coton donne plusieurs mètres de fond uni pour le prix d’un café.
La seule règle qui vaut ici est celle du tri : ne mélange pas dans un même ouvrage un tissu neuf et un tissu qui a déjà rétréci.
Coupons, lots et déstockage
Un coupon est une longueur déjà coupée et vendue telle quelle, 50 × 110 centimètres chez les uns, 30 × 75 chez les autres. C’est une façon économique d’avoir dix imprimés différents sans acheter dix mètres.
Deux lots pour voir ce que ça donne : 50 carrés 15x15 cm Rebanky à 13,59 €, ou 7 coupons 50x50 cm Aucuu à 8,99 €.
Les lots coordonnés portent des noms anglais, et leurs cotes sont en pouces. Un jelly roll réunit des bandes de 2,5 pouces, soit 6,35 centimètres, coupées sur toute la laize.
Un charm pack donne des carrés de 5 pouces, une douzaine de centimètres.
Beaucoup de modèles de patchwork gratuits sont écrits pour ces formats, et le fichier annonce alors « one charm pack » au lieu d’un métrage.
Le déstockage et les lots vendus au poids reviennent encore moins cher, avec un défaut connu : on ne choisit pas les imprimés. En boutique, le tissu se coupe au comptoir, et beaucoup de merceries françaises en tiennent un rayon en plus du petit article.

