Une aiguille, du fil, un bout de tissu tendu. Un premier motif brodé ne réclame rien de plus.
La broderie couvre pourtant deux mondes que la même recherche mélange. D’un côté le fil posé à la main, de l’autre une machine qui rejoue un motif enregistré.
Le matériel de départ tient en cinq achats, et aucun ne touche à l’électricité. Le fil de référence, le coton mouliné, se vend en échevettes de 8 mètres à six brins.
Cette page tient le terrain de la main. J’ai repris le guide des points et les fiches de matériel d’un fabricant de fils, plus le catalogue d’une boutique de broderie française.
C’est quoi la broderie ?
Ajouter du fil sur un tissu qui existe déjà, à plat ou en relief. La définition tient là.
C’est ce qui la sépare de la couture, qui assemble deux morceaux, et du tricot, qui fabrique l’étoffe.
Elle se pratique de trois façons. À la main d’abord, à l’aiguille ou au crochet, ce petit outil à bec qui attrape le fil par en dessous.
À la machine familiale ensuite, puis à la machine industrielle.
Faut-il une machine pour broder ?
Non. Un motif sur un tee-shirt, un prénom sur une trousse, un cadre décoratif accroché au mur : tout ça se fait à l’aiguille.
La machine répond à une autre question, celle de la répétition. Elle refait vingt fois le même motif à l’identique.
Elle n’invente rien pour autant, et elle impose ses propres contraintes. Il lui faut un fichier de points, un cadre à la bonne taille et du fil prévu pour elle.
C’est le sujet de la machine à broder, pas celui de cette page.
Le bon ordre reste de broder à la main d’abord. On y apprend la tension du fil et la lecture d’un motif, deux choses qui resservent telles quelles sur la machine.
Les grandes familles de broderie
Tout se range en deux gestes. Ou bien le motif est tracé sur le tissu et on brode librement dessus, c’est la broderie de surface.
Ou bien on compte les fils d’une toile à trame régulière, et c’est le point compté.
| Ce que tu veux broder | Famille | Support | Aiguille |
|---|---|---|---|
| Un dessin libre : fleurs, lettres | broderie de surface | le tissu de ton choix | pointue |
| Un motif repris sur une grille | point compté, dont le point de croix | toile Aida ou lin | à bout rond |
| Des perles et des paillettes en relief | broderie de Lunéville | tissu tendu sur un métier | crochet de Lunéville |
| Du blanc sur blanc, avec des jours | broderie blanche, dont le Richelieu | lin ou coton | pointue |
| Des lignes géométriques sur fond indigo | sashiko | coton épais | pointue |
Le point compté est le plus balisé des deux : la grille dit où piquer. Le motif pixelisé qu’on voit partout, c’est du point de croix, dont les grilles circulent gratuitement, et il se brode sur toile Aida.
Le sashiko japonais renforçait et raccommodait les vêtements de travail. Il est décoratif depuis longtemps aussi, et il accompagne souvent le patchwork.
La broderie de Lunéville, elle, ne se fait pas à l’aiguille du tout. Le fil et les perles s’accrochent au crochet, par le dessous du tissu, et c’est la technique des ateliers de haute couture.
Quel est le point le plus facile ?
Le point avant, c’est le premier point que beaucoup de gens apprennent, et celui qui sert de repère à tous les autres.
Une ligne de points tous de la même longueur, l’aiguille qui monte et qui redescend. Il décore, il fronce un tissu, il matelasse deux épaisseurs.
Quatre autres couvrent à peu près tout ce qu’une débutante voudra faire.
- Le point de tige, des points droits décalés côte à côte, qui donne une ligne souple. C’est le point des lettres et des contours.
- Le passé plat, des points parallèles serrés qui remplissent une forme et font briller le fil. On le voit sur les monogrammes, les pétales et les feuilles.
- Le point de bouclette, une boucle retenue par un petit point à son extrémité. On l’appelle aussi point de marguerite, et posé en cercle il fait une fleur.
- Le point de nœud, un nœud minuscule posé sur le tissu. Il sert la texture : un centre de fleur, un œil, un semis.
Le point de feston, lui, ferme les bords. Il ressemble au point de boutonnière, qui en est la version nouée : même boucle, avec un nœud posé sur le bord.
Quel matériel pour débuter ?
Cinq postes suffisent pour un premier ouvrage.
- Le fil. Chez DMC, une échevette de coton mouliné, ce petit écheveau bagué de deux étiquettes, fait 8 mètres et se compose de six brins qu’on sépare. La marque annonce 500 coloris pour ce seul fil.
- La toile. L’Aida est la toile des débuts, un coton tissé en petits carrés bien lisibles. Les boutiques françaises la numérotent en points par centimètre, et le 5,5 points est le plus courant.
- L’aiguille. Pointue ou à bout rond, et ce n’est ni le fil ni le motif qui décide.
- Le tambour. Deux anneaux qui s’emboîtent et tendent le tissu entre eux, serrés par une vis. Les merceries en tiennent de 10 à 30 centimètres, en bois comme en plastique.
- Le motif. Une grille imprimée, ou un dessin reporté au crayon sur tissu clair, à la craie sur tissu foncé.
La même Aida porte deux numéros : 5,5 points par centimètre ici, Aida 14 sur les grilles anglaises, soit 14 points par pouce.
Le lin, lui, se compte en fils, et sa trame est la moins régulière des deux.
Tout ça tient sur un seul rayon de rayon d’une mercerie, en ligne comme en boutique.
L’aiguille se choisit sur la toile
C’est le support qui commande l’aiguille, et c’est le choix qui rate le plus de premiers ouvrages.
Sur un tissu ordinaire, tee-shirt ou torchon, l’aiguille doit percer. On prend une aiguille à broder, tige fine et bout pointu, avec un chas allongé pour laisser passer plusieurs brins.
Sur une toile Aida, elle n’a rien à percer. Les trous existent déjà entre les carrés, donc l’aiguille est plus épaisse et sa pointe est émoussée : c’est une aiguille à tapisserie.
Son gros chas avale en prime des fils épais, ce qu’une aiguille à coudre ordinaire ne sait pas faire.
L’inverse se paie aussi : un bout rond n’entame pas un tissu serré.
Les numéros, eux, marchent à l’envers de l’intuition. Chez DMC, les aiguilles à broder vont de la 1 à la 10, celles à tapisserie de la 13 à la 28.
Plus le chiffre monte, plus l’aiguille est fine. Les tailles 3, 5 et 7 des aiguilles à broder s’appellent aussi aiguilles crewel.
Pour commencer ce soir :
Le chemin le plus court passe par un kit. La grille ou le motif imprimé, la toile, les fils triés et l’aiguille arrivent ensemble, et rien ne manque.
Deux exemples à trois motifs, prêts à broder : kit WIVLAX arbre et papillon à 15,99 €.
L’autre chemin tient en trois achats, si tu as déjà le tissu. Une échevette, une aiguille à broder et un tambour.
Un torchon, un tee-shirt uni, une trousse cousue à la maison font un support sans enjeu.
Commence petit. Un motif large comme la paume se termine d’une traite, un grand tableau au point compté s’étale sur des semaines.
Le tambour fait aussi le cadre. L’ouvrage fini reste tendu dedans et s’accroche au mur tel quel, sans encadrement.
La broderie en France
La plus célèbre broderie française passe pour une tapisserie. Celle de Bayeux, du onzième siècle, en est bien une : l’ancien nom du procédé était tapisserie aux points d’aiguille.
Elle mesure 68,38 mètres de long sur 50 centimètres de haut, et elle est inscrite depuis 2007 au registre Mémoire du monde de l’Unesco.
Deux techniques portent encore le nom d’une ville. Lunéville pour les perles au crochet, son conservatoire ouvert en 1998, et Fontenoy-le-Château dans les Vosges pour la broderie blanche.
Rien de tout ça n’est rangé au passé. La broderie et la dentelle bretonnes sont inscrites à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel français depuis 2021.
Pascal Jaouen a fondé l’École de broderie d’art de Kemper à Quimper en 1995. Et les broderies de la maison Lesage, qui habille la haute couture depuis 1924, sont au musée des Arts décoratifs de Paris.

