Un tissu matelassé, ce sont trois couches piquées ensemble : une face, une garniture qui gonfle et une doublure.
Le fil de piqûre écrase les trois épaisseurs à l’endroit exact de chaque ligne. Entre deux lignes, rien ne le retient, et c’est là que la garniture gonfle : c’est elle qui donne le relief, pas le tissu.
J’ai repris les tutoriels de matelassage à la machine et les fiches techniques des merceries françaises. L’idée : séparer ce qui règle vraiment le résultat de ce qui relève du goût.
Le matelassage n’est pas décoratif
On le range vite du côté de la déco, à cause des doudounes et des plaids. Le geste sert d’abord à autre chose : empêcher la garniture de se tasser dans un coin et la répartir sur toute la surface.
On le retrouve aussi sous le nom quilting, un anglicisme pour le même geste. Le matelassage peut suivre un patchwork déjà cousu, où les morceaux forment la face du dessus.
Il peut aussi s’appliquer directement sur un tissu uni, sans aucun assemblage avant.
Le boutis et le trapunto restent à part. Là, seule une mèche de coton bourre un motif dessiné, sans garniture continue entre les deux tissus.
Le relief obtenu est plus fin, et plus long à réaliser.
Quel tissu choisir pour matelasser ?
Un coton tissé serré, popeline ou lin, tient le mieux la piqûre. Une débutante s’en tire mieux avec ces deux-là qu’avec un tissu fin ou extensible.
La face et la doublure gagnent à avoir un grammage proche, denim léger compris. Deux tissus trop différents en épaisseur ne se tassent pas pareil sous l’aiguille, et l’un finit par tirer sur l’autre.
La garniture, elle, se choisit à part : de la ouate ou du molleton, en coton, en polyester ou en mélange des deux. Une version thermocollante existe, elle se fixe au fer et évite l’étape de l’épinglage.
Une ouatine fine donne un matelassage plat et souple, un molleton épais un relief plus marqué. Un vêtement se tient mieux plat, un plaid ou un rond de serviette supportent davantage de volume.
Quel réglage de point ?
La longueur de point s’allonge par rapport à une couture ordinaire, entre 3 et 4 millimètres selon les épaisseurs en jeu.
L’aiguille suit le même raisonnement : plus grosse qu’au quotidien, une 90/14 dite « spéciale matelassage », ou une aiguille jean à défaut.
La tension du fil supérieur se desserre légèrement pour ne pas froncer les trois couches.
Le point d’arrêt en tête et en fin de ligne divise les tutoriels. Certains font un point arrière en début et fin de ligne, d’autres jugent ce verrouillage inutile.
Suivre un tracé sans glisser
Le tracé peut suivre des lignes droites parallèles, un quadrillage, ou un dessin libre. Ce dernier suppose d’escamoter les griffes d’entraînement, les dents qui font avancer le tissu.
Des lignes droites restent le point de départ le plus sûr pour un premier essai.
Le double entraînement, ce mécanisme qui fait avancer le tissu par le dessus en plus des griffes du dessous, limite les glissements entre les trois couches. Il existe en pied accessoire sur beaucoup de machines, même sans être intégré au bâti.
Comment matelasser un tissu ?
On superpose les trois couches sur une surface plane, face contre soi, garniture au milieu, doublure dessous. On épingle ensuite du centre vers les bords, pour chasser les plis avant qu’ils ne se figent sous l’aiguille.
Les épingles à nourrice tiennent mieux que les épingles classiques sur trois épaisseurs, posées tous les dix centimètres environ. Sur une grande pièce, une colle textile temporaire en bombe remplace l’épinglage, ou un bâti à grands points, plus rapide qu’il n’y paraît.
La doublure et la garniture se coupent plus grandes que le tissu du dessus, de quelques centimètres sur chaque côté. Le matelassage resserre légèrement l’ensemble, et une doublure taillée pile manque au moment de border le tout.
On pique ensuite en partant toujours du centre, ligne après ligne, jamais en suivant le bord en premier. C’est ce qui évite que le tissu du dessus glisse par rapport à la doublure.
Sur une pochette ou un rond de serviette molletonnés, l’ouverture qui a servi à retourner l’ouvrage se referme ensuite d’un point invisible, à la main.
Les épingles à nourrice et le fil assorti s’achètent au rayon petite mercerie ; le molleton, lui, se trouve au rayon tissu.

