Coudre une boutonnière sans programme se fait de deux façons : à l’aiguille, au point de boutonnière, ou à la machine, au simple zigzag.
Les deux ne suivent pas le même ordre. À la main, la fente s’ouvre avant de broder, à la machine seulement à la fin.
Deux mots reviennent partout. Les lèvres sont les deux longs bords de la fente, et chaque bout se ferme soit par une bride, des points serrés en travers, soit par un éventail de points.
Tout ce qui suit part d’un trait déjà tracé. La longueur d’une boutonnière vaut le diamètre du bouton plus son épaisseur, et elle se reporte sur le vêtement avant de sortir l’aiguille.
Sur un tissu fin, un morceau de toile thermocollante légère se colle d’abord sur l’envers, un peu plus grand que la boutonnière.
J’ai repris des tutoriels de merceries et de couturières, un magazine de patrons et le support de cours d’une tailleuse. Un tutoriel de mercerie compte dix minutes pour la version la plus simple à la main, sans surfilage ni bride.
Feston ou point de boutonnière ?
Le point de boutonnière est un point de feston serré, avec un nœud en plus au bord de chaque point.
Le feston simple forme une boucle, le point de boutonnière la referme en nœud. Ce nœud posé contre la fente le rend plus solide, et c’est pour ça qu’on le préfère sur une boutonnière.
Les tutoriels mélangent pourtant les deux noms. Chez certains, feston et bourdon nomment même le zigzag de la machine.
Le point de bourdon brouille encore la piste.
Les merceries l’emploient surtout pour les zigzags serrés d’une machine. À la main, c’est un passé plat rembourré : des points serrés côte à côte, posés sur un bourrage de fil, sans nœud.
À la main, on dit aussi broder une boutonnière. Le point de boutonnière appartient à la famille des points brodés à l’aiguille, dont il est la variante nouée du feston.
Boutonnière à la main : on coupe avant
C’est l’inverse de la machine. Tous les tutoriels à la main que j’ai lus fendent le tissu avant de broder les lèvres.
La raison tient au point lui-même. L’aiguille entre par la fente et le nœud se pose sur son bord, donc la fente doit déjà exister.
Deux gestes préparent ce bord. D’abord un point droit tout autour du trait, à 1,5 millimètre environ, à la machine ou à la main.
Cette piqûre tient les épaisseurs ensemble. Elle sert aussi de guide pour que tous les points aient la même hauteur.
Pour fendre, le découd-vite se plante au milieu du trait, puis les ciseaux terminent jusqu’aux bouts sans trancher cette piqûre.
Des ciseaux à broder conviennent, avec leurs lames courtes à pointes fines faites pour couper au ras.
Ensuite vient le surfilage, des petits points qui enroulent le bord coupé à 1 millimètre du bord, pour que le tissu ne s’effiloche pas sous le point de boutonnière.
Broder la boutonnière, point par point
On part du bout opposé au bord du vêtement. L’autre bout, côté bord, recevra l’éventail, parce que c’est de ce côté que le bouton appuie.
Le nœud se fait sur l’endroit, la belle face du tissu, à 1,5 centimètre de ce bout et dans l’alignement de la fente, puis l’aiguille ressort par la fente. Le nœud se coupe à la toute fin.
Pour chaque point, l’aiguille entre par la fente, passe sous le tissu et ressort sur l’endroit juste au-delà de la piqûre, à 2 ou 3 millimètres du bord.
Avant de tirer, le fil passe sous la pointe de l’aiguille. En tirant vers le haut, la boucle glisse et se referme en petit nœud, exactement sur le bord de la fente.
Le point suivant se pique juste à côté. Les nœuds doivent se toucher, et chaque point se tire avec la même force.
Un dé à coudre pousse l’aiguille par le chas, le trou où passe le fil, pendant qu’on forme la boucle.
Dans quel sens coudre une boutonnière ?
Burda conseille de gauche à droite, tandis que L’ABC de la couture, un manuel ancien, travaille de droite à gauche. Garde le sens où le fil passe naturellement sous la pointe, et une gauchère inverse.
Au bout côté bord, les points continuent sans couper le fil et s’écartent en éventail, serrés contre la fente et plus espacés vers l’extérieur. Puis l’ouvrage se tourne, et la seconde lèvre se brode jusqu’au bout de départ.
Ce bout-là reçoit une bride. Le fil se lance trois ou quatre fois en travers de la boutonnière, puis s’enroule très serré autour de ces brins, en prenant un peu de tissu à chaque tour.
Certaines boutonnières portent une bride à chaque bout, d’autres un éventail à chaque bout.
Pour finir, l’aiguille passe sur l’envers. Trois ou quatre points arrière, ces petits points qui reviennent sur le précédent, bloquent le fil derrière la bride.
Sans programme, au zigzag de la machine
Une machine sans programme de boutonnière la coud quand même, pourvu que son zigzag se règle en largeur et en longueur. Un pied à bourdon, rainuré dessous, passe mieux sur les points serrés, à défaut le pied habituel.
Avant de commander un pied à bourdon, retire ta semelle actuelle : si elle part sans outil, ta machine prend des pieds à clipser.
Chaque changement de largeur ou de position d’aiguille se fait aiguille relevée, au volant.
Pour les lèvres, le zigzag se règle à 2 ou 3 millimètres de large, avec la plus petite longueur possible, un demi-millimètre ou moins.
Cette longueur se règle sur la molette de longueur de point, graduée en millimètres.
La première lèvre se pique le long du trait, jusqu’au bout. Si ta machine décale l’aiguille, place-la à gauche : le zigzag tombe alors d’un seul côté du trait.
Sans réglage de position, pique d’abord un zigzag sur une chute pour voir d’où il part. La notice de la Singer 327 fait les lèvres à 2 et les brides à 4 sans rien décaler, en pivotant sur l’aiguille.
S’il part d’un côté, suis l’ordre et les repères de la notice de ta machine.
Sans réglage, si ton zigzag est centré, guide le tissu pour que son bord gauche longe le trait. Pour chaque bride, remets le trait au centre du pied.
Au bout, remets l’aiguille au centre si tu l’avais décalée, et descends la longueur à zéro. Élargis le zigzag au double de la largeur des lèvres, 4 millimètres pour des lèvres de 2.
Trois ou quatre allers-retours sur place forment la bride.
Vient le demi-tour.
Aiguille relevée, reviens à la largeur des lèvres et remets l’aiguille à gauche si ta machine le permet.
Sans réglage de position, replace plutôt le trait sous le bord gauche du zigzag, comme pour la première lèvre. Tourne le volant, la molette sur le côté droit de la machine, jusqu’à ce qu’elle pique au bord de la première lèvre, côté trait.
Relève le pied et fais pivoter l’ouvrage autour de l’aiguille. Pied baissé, pique la seconde lèvre au réglage de la première.
Le demi-tour a déjà rangé la première lèvre de l’autre côté du trait. La seconde bride ferme l’autre bout, comme la première.
Pour finir, tire les deux fils sur l’envers et noue-les. La fente s’ouvre seulement ensuite, entre deux épingles plantées en travers des brides, comme pour toute boutonnière à la machine.
Sa limite : conduites à la pédale, les deux lèvres ne sortent jamais tout à fait symétriques. Sur une pièce qu’on voit, c’est ce qui la sépare d’un pied de boutonnière.
Faire une boutonnière avec le programme
Beaucoup de machines portent un programme de boutonnière qu’on n’ose pas lancer. Il pique seul les lèvres et les brides, en passes successives.
En quatre temps, tu tournes le sélecteur, le bouton de choix du point, avant chaque passe. En une étape, la machine enchaîne tout : le choix entre les deux est expliqué avec le pied long et ses quatre temps.
Deux gestes évitent l’essentiel des surprises.
Le sélecteur ne se tourne qu’aiguille relevée. Tourné aiguille baissée, il risque de tordre l’aiguille et d’abîmer la machine.
Un essai sur une chute d’abord. Chaque machine pique ses passes dans son ordre, et une seule boutonnière montre de quel côté part la couture.
Pour finir, le tutoriel de Petit Citron coupe simplement les fils.
Au tricot, la boutonnière ne se brode pas, elle se ménage en rabattant des mailles, et le nombre de mailles à rabattre se calcule sur l’échantillon.
À quoi se voit une boutonnière ratée ?
La plupart des ratés se lisent sur les lèvres, et chacun renvoie à un geste.
| Ce que tu vois | D’où ça vient | Ce qui corrige |
|---|---|---|
| Des nœuds qui ne se touchent pas, un bord en dents de scie | des points piqués trop loin, ou tirés avec une force inégale | piquer juste à côté du précédent, même traction à chaque point |
| Une fente qui s’effiloche sous les points | un bord brodé sans surfilage | surfiler à 1 millimètre avant de broder |
| Un tissu qui gondole le long des lèvres | un zigzag trop serré | allonger un peu le point, essai sur chute |
| Une lèvre fragile | un zigzag trop lâche | resserrer le point |
| Des lèvres irrégulières | un tissu tiré, une aiguille usée ou une vitesse trop rapide | laisser le tissu avancer seul, aiguille neuve, piquer lentement |
| Une aiguille tordue après un changement de passe | le sélecteur tourné aiguille baissée | relever l’aiguille au volant avant de tourner |

